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La belle endormie et le branle des prétendants

Samedi 7 Mars 2020

​Communiqué du Réseau citoyen du Cercle Normand de l'Opinion


Des géographes ont désigné Rouen comme la belle endormie. Il est de fait que la Ville, qui fut jadis influente, et son agglomération accédant à un rang de métropole, ne jouissent pas de la notoriété et de l’attractivité dont elles pourraient se prévaloir. Les prochaines élections municipales offrent l’opportunité d’évaluer à leur juste mesure la densité et l’adéquation des programmes des différentes listes qui, toutes certainement, souhaitent remédier au marasme ou à la léthargie qui guettent la capitale historique de la Normandie.

C’est ce que nous appellerons le branle des prétendants.

 

D’emblée, quelques pétitions de principe :

  • Nous considérons que tous les candidats sont des personnes de qualité et nous croyons en leur sincérité. Donc, dans nos propos, il n’y aura aucune critique à l’égard de quiconque ou même envers les étiquettes selon lesquelles ils se présentent. Les élections municipales sont des élections d’abord locales, malheureusement polluées par les débats nationaux qui, eux, concernent d’autres consultations électorales.
  • Nous émettrons des jugements à partir des programmes et prétentions de chacun des prétendants… dans la mesure où ils nous sont parvenus.
  • Nous analyserons ces textes à l’aune de l’idée que nous nous faisons de l’avenir souhaitable de Rouen et de la métropole de Rouen – Normandie.
  • Nous ne nous intéresserons pas aux querelles de chapelles ou d’appareils.

Pour être clairs, il nous importe assez peu qu’il y ait des bisbilles à gauche : M. Mayer-Rossignol et le P.S. étant boudés par le P.C. et les Radicaux de gauche qui ont rallié les Écologistes derrière M. Bérégovoy… De même, peu nous chaut que la ou les droites s’éparpillent façon puzzle entre les listes conduites par M. Louvel (soutenu par L.R.E.M.), Mme Caron et Bures (émanations des Centristes et des Républicains), ou que la liste du Rassemblement national de M. Pennelle reste dans son splendide isolement.

Les programmes, rien que les programmes !

 

Regardons d’abord les slogans de chacune des listes :

  • « Pour Rouen », déclare le Rassemblement national.
  • « Rouen autrement », demande M. Louvel.
  • « Au cœur de Rouen », se situe M. Bures.
  • « Un projet AVEC et POUR les Rouennais », réclame Mme Caron.
  • « Fiers de Rouen, cœur de métropole, terre d’avenir », affirme M. Mayer-Rossignol.
  • « Une ville apaisée qui réenchante notre avenir commun », promet M. Bérégovoy.
Ces déclarations d’amour et d’intention sont, à notre avis, très nombrilesques et ne préjugent en rien du positionnement de Rouen et de la Métropole dans leur environnement stratégique et géopolitique…
 

SUR LA SITUATION DE ROUEN ET DE LA MÉTROPÔLE

 

M. Louvel : Bon diagnostic global sur les carences de l’attractivité.

  • Désenclaver Rouen : Fer – Route – Aéroport de Rouen-Boos
  • Placer Rouen sur l’Axe Seine – Rouen, siège d’Haropa
  • Renforcer les jumelages existants. Jouer la carte africaine

mais

  • Rien sur la Normandie
  • Rien sur la coopération entre villes normandes.


M. Pennelle : Rien, sinon « rendre la Métropole accessible aux Rouennais ».


Mme Caron : Défense de l’attractivité économique du territoire

  • Pour le contournement Est, le développement de Rouen-Boos, de la Gare de St-Sever.
  • Pour un Palais des Congrès

mais

  • Rien sur la Normandie
  • Rien sur la coopération entre villes normandes
  • Rien sur l’Axe Seine.


M. Mayer – Rossignol : Insiste avec juste raison sur l’importance de la métropole et de ses compétences. Si ce programme évoque la place de Rouen dans l’Axe Seine, rien n’est dit sur le rôle que peut jouer Rouen dans la Normandie et dans le cadre d’éventuels partenariats avec les autres grandes villes normandes.

 

M. Bures : Pose avec véhémence le problème des relations entre Rouen, ville-centre, et la Métropole. Il se prononce pour un rééquilibrage de la fiscalité entre Rouen et les 70 autres communes de la métropole. Il exige – mais il n’est pas le seul – que le Maire de Rouen soit le Président de la Métropole.

mais

  • Rien sur l’Axe Seine
  • Rien sur la coopération avec les autres villes normandes.

 

M. Bérégovoy : Dans le dessein de « Réenchanter Rouen », rien n’est dit sur le positionnement de Rouen sur l’Axe Seine et la Normandie.

 

Pour cette question essentielle, nous exprimons notre déception. De graves problèmes se posent, qui ne sont même pas abordés :

  1. Le dialogue léonin avec Paris. Quelle place l’État laisse-t-il à la Métropole de Rouen Normandie dans sa politique de déconcentration de la haute administration ?
  2. La Métropole Rouen Normandie – 1/5e de la population normande – est-elle consciente de son rôle d’entraînement qu’elle pourrait avoir au sein de l’ensemble normand ?
  3. Quid des relations incontournables entre la Métropole de Rouen, le département de la Seine-Maritime, la Région Normandie ?
  4. Les géographes normands ont préconisé la création d’une vraie métropole normande par la coopération entre Rouen Métropole, le pôle métropolitain de l’estuaire et du Havre, le pôle métropolitain de Caen – La mer : il n’y a aucune interrogation à ce sujet dans les programmes.
  5. L’Axe Seine ne se réduit pas à la question de savoir où il convient de mettre le siège d’Haropa. N’y a-t-il rien à dire sur sa gouvernance ? Sur son équilibre économique entre la boulimique région parisienne, le devenir industriel de l’agglomération rouennaise et de la vallée de la Seine, les dessertes et les connexions avec le reste de la Normandie ?


SUR LE MIEUX VIVRE À ROUEN ET LA MÉTROPÔLE

 

Cette rubrique est plombée par l’accident Lubrizol : aussi toutes les listes font-elles assaut de réponses définitives à ce sujet (application du principe de précaution, contrôle indépendant des sites Seveso seuil haut), mais le mieux vivre à Rouen ne s’arrête pas là : pollutions diverses, élimination des déchets, verdissement de la cité, mobilités, logement, équilibre sociologique, perspectives d’emplois, etc. C’est sans doute pour toutes les listes le copieux menu de tous les programmes. Il faut en évaluer la pertinence, la sincérité, la faisabilité, en un mot, la crédibilité, sans oublier que l’équipe gagnante ne pourra avoir que la politique de ses moyens…

 

M. Bérégovoy : Placé sous le signe de l’écologie, on peut dire que le programme des Verts et associés se veut une réponse radicale à la question du mieux vivre à Rouen… Rouen, ville jardin ; Rouen, ville en mouvement; Rouen, ville qui respire ; Rouen, ville zéro déchet ; Rouen, ville solidaire ; Rouen, ville ensemble ; Rouen, ville du bien-être animal ; Rouen, ville pour toutes (i-e égalité hommes/femmes) ; Rouen, ville qui bouge (au plan culturel).

On ne peut dénier une cohérence à ce programme, sauf à déplorer qu’il ne se limite qu’à ces considérations écologiques et sociétales.

 

M. Pennelle : Sécurité – Propreté – Intérêt pour les retraités et les handicapés

Pour l’environnement, le programme insiste sur le contournement Est et la végétalisation de la ville. C’est mince, mais la principale priorité du Rassemblement  national, à savoir la sécurité des biens et des personnes, constitue le cheval de bataille de ce parti dans toute la France et répond sans doute à une préoccupation des Français.

 

M. Bures : Pour une ville propre, promouvoir le quartier Flaubert, une meilleure gestion de l’Office H.L.M.

Accompagner le handicap, prendre soin des seniors, soutenir les femmes et les familles monoparentales. Promouvoir une ville qui protège ses habitants. Encourager le covoiturage, le développement des pistes cyclables, augmenter le nombre de parkings – relais…

C’est un programme – catalogue, banal, assez peu approfondi dans les détails.

 

M. Louvel : Au plan écologique, le programme a l’objectif de faire de Rouen la capitale verte européenne.

Faire des économies d’énergie par la réhabilitation thermique ; agir contre le bruit ; augmenter les collectes des déchets. S’occuper de l’insertion et de la réussite des jeunes ; faire face aux vulnérabilités (seniors et handicaps) ; faciliter l’intergénérationnel ; aider les familles ; mettre les droits de l’enfant au coeur de l’action municipale ; des actions en faveur de la santé ; enfin la sécurité au           quotidien...

Le panorama est complet, ambitieux, trop peut-être, car peu ou pas chiffré (critique que l’on peut faire à d’autres listes).

 

M. Mayer – Rossignol : On retrouve dans son programme la plupart des axes d’action suggérés par les autres listes avec, peut-être, cet avantage que c’est plus charpenté et que cela fait moins catalogue.

La chapitre consacré aux suites de l’accident Lubrizol met à égale distance la cécité des uns et la démagogie des autres.

Question : comment parvenir, comme le suggère ce programme, à rendre moins minérale la ville, bâtie depuis longtemps, afin de parvenir aux « 100 jardins » promis ? Un slogan ne confère pas obligatoirement la crédibilité !

 

Mme Caron : Dans son programme, il faut retenir l’excellent parti-pris de partir de chiffres et de statistiques (valable pour tous les points abordés).

En ce qui concerne la dimension écologique (chapitre : Respirer), les propositions sont souvent analogues à celles des listes concurrentes : là, une précision chiffrée, la création de 11 ha d’espaces verts supplémentaires. A l’inverse, voulor engager une réflexion sur la reconversion des friches industrielles… n’engage à rien. N’est-ce pas la fonction de l’Etablissement Public Foncier de Normandie ?

Sur le chapitre de la propreté de la ville, on est ici très ambitieux et cela paraît faisable… Intéressantes propositions pour améliorer le cadre de vie.

 Les projets pour la jeunesse, la famille, le vivre ensemble sont dans l’air du temps et, semble-t-il, partagés par la plupart des candidats. En l’occurrence, la plaquette programmatique de Mme Caron nous paraît la plus explicite.

 

Peut-on vraiment départager les prétendants sur cet important chapitre du mieux vivre ? Une remarque s’impose : cette presque unanimité est en fait un acte d’accusation contre les municipalités précédentes. C’est le catalogue de ce qui n’a pas été fait, ou mal fait… Qui assume en l’occurrence l’héritage de ce passé peu ragoûtant ?

Si tout ce qui est promis et suggéré par les différentes listes était réalisé, alors, là, oui, la Métropole rouennaise serait attractive… On en est loin. Reconnaissons cependant que, depuis les Armadas (auxquelles aucune liste ne fait référence), Rouen a fait la reconquête des quais de la Seine et ne tourne plus le dos au fleuve. Cela rend d’autant plus perplexe de constater que les candidats sont peu diserts sur la prégnance du port et l’importance du positionnerment sur l’Axe Seine.

 

SUR LA QUESTION DES MOBILITÉS, QUE PROPOSENT-ILS POUR ROUEN ?

 

Les mobilités sont un aspect du mieux vivre dans l’agglomération. Nous les traitons à part : elles sont déterminantes.

Plusieurs plans sont à considérer :

  • Les mobilités internes à la ville (et aux localités directement limitrophes).
  • Les mobilités au sein des 71 communes de la Métropole.
  • Les mobilités qui devraient désenclaver Rouen, à l’échelon régional et national.

Disons que ce dernier plan est à peine survolé par les différentes listes, beaucoup trop localistes d’esprit.

 

M. Mayer-Rossignol : Sans doute celui qui en dit le plus… ne serait-ce que pour faire oublier ses… timidités lorsqu’il était Président de la demi-région haute Normandie.

La ville et la métropole peuvent-elles penser leur avenir sans poser le problème de la   deshérence du réseau ferré qui devrait bien la desservir ?

Curieusement, l’équipe Mayer-Rossignol ne dit pas un mot sur le contournement Est de Rouen, longtemps prôné, notamment par les amis politiques du patron de la liste ?

Le programme parle beaucoup des mobilités douces, des pistes cyclables, des parkings-relais. Avec juste raison, il évoque la question, peut-être prématurée, de la gratuité des transports urbains (Ce pourrait être le débat de toute la mandature) et la proposition de création d’une flotte de petits utilitaires bio-g.n.v. ou hydrogène, etc. est à examiner, particulièrement pour les livraisons en ville.

 

Mme Caron : Un « plan vélo » ambitieux, avec, en perspective, le doublement des pistes cyclables. Sécuriser les traversées piétonnes, multiplier les bornes recharges pour véhicules électriques sont des pistes intéressantes, que l’on retrouve d’ailleurs dans d’autres programmes. À l’inverse, nous souhaitons bien du plaisir à tous ceux qui veulent modifier les plans de circulation : cela crée autant de nouveaux mécontentements que cela satisfait les autres.

 

M. Louvel : Quelques idées intéressantes : extension de la navette fluviale, création d’un grand parking-relais souterrain place du Boulingrin (que l’on pourrait végétaliser en surface), connecter le Boulingrin au C.H.U., etc. Bien entendu, ce programme promeut le vélo pourtant Rouen n’est pas une ville plate) et il se prononce pour le contournement Est.

Rien sur les relations avec les communes de la Métropole, ni sur le problème ferroviaire.

 

M. Pennelle : les mobilités dans le programme du Rassemblement national sont incluses dans la quatrième priorité (environnement) et elles se résument à deux propositions : réalisation rapide du contournement Est pour désembouteiller la circulation en ville et mettre les tickets bus/metro à 1 euro (valable 2 heures).

Rien sur le ferroviaire qui dessert (mal) Rouen, ni sur les relations internes de la Métropole.

 

M. Bures : Rien sur le ferroviaire, rien sur les liaisons internes de la Métropole, aucune prise de position sur le sujet controversé du contournement Est… Ce chapitre est incontestablement le point faible du programme Bures… Passer la validité du ticket de bus à 4 heures, créer des parkings-relais, déployer un réseau cyclable sécurisé de vélos électriques, favoriser le covoiturage… Avouons que c’est peu pour définir une politique des mobilités à Rouen.

 

M. Bérégovoy : Mise à part le projet de gratuité des transports urbains de façon progressive, nous avons été déçus par le programme « mobilités » des Verts et associés : vouloir créer 80 km supplémentaires de pistes cyclables sécurisées, développer la location de vélos électriques et de vélos cargos, créer des parkings sécurisés pour les vélos, nous paraît insuffisant. À l’inverse, vouloir des bus électriques ou à hydrogène pour remplacer gazole et G.N.L. peut être effectivement une voie d’avenir.

 

Nous restons sur notre faim à la lecture des programmes concernant le chapitre des mobilités. Nous n’avons entrevu que peu d’innovations dans les propositions des uns ou des autres, rien qui ne distingue Rouen de la plupart des villes françaises. Qu’en est-il, par exemple, des véhicules de transport en commun sans chauffeur qui, pourtant, avaient été expérimentés dans la ville ?

Si le projet de navette fluviale est retenu par certains, personne ne songe aux téléphériques qui pourraient relier Bonsecours à la future gare rive-gauche et Mont-St-Aignan aux quais de la rive droite…

Rouen frise la thrombose. Parce que le site de Rouen n’est pas commode, avec sa couronne de collines rive droite. Nous ne percevons pas vraiment une perspective de désembouteillage de la circulation, à moins que… le non-dit, à savoir une réduction drastique et autoritaire de la circulation automobile urbaine, ne soit dans l’esprit de certains… mais qui ne tiennent pas, pour des raisons électoralistes, à faire peur aux citoyens, automobilistes et commerçants.

 

ROUEN ET LA MÉTROPÔLE DANS UN RÔLE CULTUREL ÉMINENT

 

Le projet d’obtenir pour Rouen le statut de « capitale européenne de la culture » est encore, hélàs, dans les limbes. Certains s’y raccrochent cependant (sans dire, d’ailleurs, comment ils comptent faire avancer le dossier). C’est un sujet qui, à notre sens, devrait faire l’unanimité. Rouen a les atouts pour cela : un patrimoine historique et architectural imposant, un passé culturel considérable, une tradition d’appétence à la culture qu’il faudrait redécouvrir.

Mais, de quelle culture s’agit-il ?

La plus ambitieuse possible! Il n’y a pas de bons becs que de Paris : la province doit, dans le domaine culturel, s’émanciper et partir de son héritage enraciné. Rouen, capitale historique de la Normandie, peut et doit ambitionner de développer ce rôle et en être la locomotive culturelle. Elle pourrait, en outre, prétendre à un rôle d’entraînement et de coopération de toutes les cultures francophones d’Europe (Wallonie, Romandie), d’Amérique (Québec et provinces francophones du Canada, les Iles des Caraïbes francophones) et d’Afrique (le port de Rouen a de nombreuses accointances avec l’Afrique francophone)…

Le succès des Festivals Normandie Impressionniste ont montré que Rouen, grâce à son Musée des Beaux-Arts, était le chef de file de l’opération, mais si ces Festivals – cette année, il y aura une nouvelle séquence –  sont le succès que chacun s’accorde à reconnaître, c’est parce que de plus en plus de villes et de sites de Normandie sont venus épauler la ville leader. La dimension normande, en matière culturelle, est incontournable.

Proches de la culture, le tourisme et le sport, contribuent eux aussi à l’attractivité potentielle de la Normandie.

Voyons comment les différents programmes abordent la question.

 

M. Bures : Partir de la (nécessaire) réinvention des Fêtes Jeanne d’Arc nous paraît singulièrement réducteur. Le mot Normandie semble étranger aux rédacteurs de ce programme. Alors on fait catalogue : restaurer le patrimoine (c’est un truisme), faire de Rouen un pôle culturel « sur le modèle d’une pépinières d’entreprises » (c’est nébuleux), créer un Festival des musiques actuelles (pourquoi pas, mais au plan musical, Rouen a d’autres atouts – le Théâtre des Arts – Boiïeldieu – Camille Saint-Saens – les organistes, etc.…), refaire du Conservatoire une école d’excellence (on ne donne pas les causes d’une baisse de niveau de cet établissement).
Cela fait-il une politique culturelle municipale ?

 

M. Bérégovoy : Encéphalogramme presque plat du programme des Verts et associés en matière culturelle. La raison ? M. Bérégovoy surfe sur les effets de la catastrophe Lubrizol et pense que cela suffit pour ramener à sa cause nombre d’électeurs rouennais déboussolés et inquiets par les suites de l’incendie et la constance des dangers de la proximité d’établissements Séveso seuil haut. Sans doute M. Bérégovoy a-t-il raison au plan électoral, mais, franchement, veut-il un blanc-seing pour mener à sa guise la nécessaire politique culturelle qu’une cité doit mener au cours d’une mandature ?

Quoi qu’il en soit, dans la rubrique « Ville qui bouge » (sic!) du programme des Verts et associés, il faut se contenter du « soutien aux compagnies et aux artistes locaux » (bof !) et au « développement des tiers lieux culturels » (quels aco ?).

 

M. Pennelle : Développer une « culture populaire accessible à tous ». Cela veut dire quoi ? Valoriser et restaurer le petit patrimoine rouennais : intéressant, mais des précisions et, surtout, une programmation s’imposent. Recréer les Fêtes Jeanne d’Arc : le besoin est     effectivement ressenti par les Rouennais, surtout dans la perspective du centenaire de la canonisation de l’héroïne, mais c’est un peu court en matière de commémorations (nous pensons à Flaubert, mais encore à tous les grands événements qui ont émaillé l’histoire de Rouen).

Le Rassemblement national – très politique en l’occurrence – veut arrêter les subventions aux associations culturelles de gauche et le financement du Centre Dramatique National « qui programme des spectacles militants ».

Tout cela fait-il un programme culturel ?

 

M. Louvel : « Rouen, ville de culture ». L’ambition est grande et cette liste souscrit au projet de « Rouen, Capitale européenne de la culture ». Si M. Louvel et ses colistiers perçoivent bien le rôle que doit avoir la culture dans l’attractivité de la ville et comme facteur de convivialité pour la population, mais, à part le catalogue des actions à mener pour entretenir et restaurer le patrimoine (essentiel), on ne trouve aucune direction affichée dans cette politique culturelle qui pourrait être celle de n’importe quelle ville de l’Hexagone.

Rouen, capitale historique et culturelle de la Normandie est un héritage qu’on ne cherche pas à faire fructifier consciemment, avec la volonté de renforcer le sentiment d’appartenance des habitants à un ensemble cohérent, la Normandie, et d’en tirer les conséquences en matière d’identité et de fierté fécondes.

 

Mme Caron : Dans le chapitre « Culture, tourisme et patrimoine », Madame Caron et ses colistiers embrassent largement l’ensemble des potentialités que peut offrir Rouen en matière culturelle. Ils y associent d’ailleurs les autres communes de la Métropole. Mais, là encore, la dimension normande du potentiel culturel rouennais et le rôle éminent que pourrait jouer Rouen en la matière ne sont même pas esquissés.

La plupart des candidats (et pas seulement ceux de la liste Caron) sont-ils capables de sortir de l’entre-soi rouennais / rouenneries ? C’est bien beau de  vouloir « soutenir les cultures du monde », mais quid de l’héritage culturel normand ?

 

M. Mayer-Rossignol : L’ambition de son programme ne peut laisser indifférent : « doubler le nombre de nos visiteurs d’ici 2030 ». M. Mayer-Rossignol mêle la culture et le tourisme et voit dans la culture un moyen de rayonnement, notamment à l’international (nous pensons qu’il faudrait aussi une promotion nationale de Rouen, compte tenu de ses classements déplorables et injustes qui paraissent dans la presse. Tous les candidats devraient y penser).

La culture pour M. Mayer-Rossignol doit être « engagée » : que met-on derrière cette notion ? Ou plutôt, on voit bien que tous les poncifs à la mode des « cultureux » sont repris dans l’esprit du leader de cette liste, qui brosse dans le sens du poil les partisans de la culture engagée.

Hormis cela, cette liste reprend un certain nombre de projets que l’on peut retrouver dans les programmes des autres concurrents.

Et la Normandie dans tout cela ?

 

SUR LE PROBLÈME DES FINANCES COMMUNALES ET, CONSÉQUEMMENT, SUR LES RELATIONS ENTRE LA VILLE – CENTRE ET LA MÉTROPÔLE DE ROUEN – NORMANDIE

 

Chacun comprend qu’on ne peut avoir que la politique de ses moyens. Le nerf de la guerre – les finances d’une cité en l’occurrence – n’a d’extensibilité que par le truchement de la hausse des impôts divers (n’entrons pas dans les détails puisque, par la volonté du Gouvernement, il y a des bouleversements en ce domaine). Bien entendu, une collectivité peut accroître ses marges de manœuvre en faisant des économies et en réduisant son endettement.

Il y a deux attitudes possibles chez les prétendants.

Ou bien on n’en parle pas, espérant que le citoyen – contribuable n’y pensera pas… C’est le choix de M. Bérégovoy qui n’en dit pas un mot (on peut se demander comment il compte financer son programme très écologique – qui n’a pas de prix, mais qui aura un coût... –. S’il l’emporte, faisons le pari que, dans les premières années du mandat, les impôts augmenteront…).

Ou bien, on en parle et, là, on trouve dans les différents programmes des précisions intéressantes et la définition de politiques financières assez différentes…

 

M. Bures : Trois exigences « Pour une ville à la fiscalité juste ».

  • Pas d’augmentation des impôts durant le mandat.
  • Maîtriser les dépenses de fonctionnement.
  • Rééquilibrer les finances de Rouen avec la Métropole.

Nous souhaiterions en savoir plus.

 

M. Pennelle : Lui aussi annonce qu’il ne veut pas augmenter les impôts. Il entend faire la chasse aux gaspillages (subventions inconsidérées et dépenses superflues). Il souhaite un audit sur les dépenses de la ville (qui, vraisemblablement, aurait lieu si l’orientation politique globale de la ville changent, les droites l’emportant sur les gauches au deuxième tour, lesquelles devraient, en toute honnêteté, assumer l’état actuel des finances de Rouen).

D’après M. Pennelle « la ville est endettée à cause d’une gestion catastrophique depuis trop d’années ».

 

Mme Caron : Son programme comporte la faiblesse de ne pas aborder la question des finances communales de façon franche. La dette ? Pas un mot. La fiscalité ? Rien… mais les nombreux chapitres de propositions supposent des financements que la liste ne cherche pas à dissimuler.

Alors que faut-il en penser ?

 

M. Louvel : Dans le chapitre « Les finances de la ville », M. Louvel et ses colistiers réaffirment quelques points essentiels :

  • Etre clairs en matière de finances publiques : aucune augmentation des taux d’imposition pendant la durée du mandat car la pression fiscale est trop forte à Rouen.
  • Stopper l’endettement et rétablir l’équilibre financier en faisant des économies, notamment à cause du transfert de compétences vers la Métropole, où l’on mutualiserait un certain nombre de services.

M. Louvel dénonce les deux hausses significatives des impôts de la ville en 2008 et 2015,      legs de la majorité sortante.

 

M. Mayer-Rossignol : D’abord, il parle chiffres

  • Le budget de la Métropole est de 811 millions d’euros.
  • Le budget de Rouen est de 190 millions d’euros.
  • Le budget d’investissement de la Métropole est de 241 millions d’euros.
  • Le budget d’investissement de Rouen est de 25 millions d’euros.

Bien entendu, selon une tradition souvent ancrée à gauche, il n’est pas évoqué le montant des dépenses de fonctionnement, ni l’évolution vers la hausse des impôts prélevés lors de la dernière mandature.

M. Mayer-Rossignol insiste beaucoup sur le comparatif des situations de Rouen et de la Métropole, réclamant certainement un certain rééquilibrage. Mais il en tire aussi une conséquence politique : il faut que le Maire de Rouen qu’il souhaite devenir soit ipso facto le Président de la Métropole de Rouen – Normandie.

Qu’en pensent les 71 communes de l’agglomération rouennaise ?

 Il est un fait – reconnaissons-le – que la ville-centre est trop faible au plan démographique alors qu’elle joue un rôle d’entraînement au sein de la Métropole. Ne faut-il pas mettre en cause la… nonchalance des édiles rouennais qui, depuis plusieurs mandats, n’ont pas voulu comprendre l’importance du fait métropolitain et les insuffisances en matière de compétences de la métropole rouennaise qui, parmi les 13 Métropoles françaises, fait pâle figure ?

On en revient irrésistiblement au diagnostic des géographes normands préconisant la création d’une vraie Métropole normande à partir de l’agglo de Rouen et des pôles métropolitains du Havre et de Caen.

 

CE QUE NOUS AURIONS AIMÉ TROUVER DANS LES PROGRAMMES DES PRÉTENDANTS

 

  • Une plus claire définition des rôles de Maire de Rouen et de Président de la Métropole
  • Des prises de position des candidats sur certaines prérogatives du Maire de Rouen :
    • N’est-il pas président du conseil d’administration du C.H.U. ? Le problème hospitalier est aujourd’hui crucial, celui de la désertification médicale en ville commence à poser questions…
    • N’est-il pas membre important au conseil d’administration de la S.A.P.N. ? L’augmentation continue des péages sur les autoroutes est avalisée par les administrateurs : quelle doit être la position du Maire de Rouen (ou de son représentant) ?
    • N’est-il membre du conseil de surveillance du Grand Port Maritime de Rouen ? On sait que la gouvernance des G.P.M. est confisquée par les agents de l’État qui en désigne les directeurs. Un futur maire ne peut-il faire part de son sentiment sur cette situation subalterne de mise en tutelle de la gestion portuaire ?

En règle générale, aucun chef de liste n’a abordé la question des rapports de l’État avec les collectivités locales : l’Association des Maires de France (où toutes les tendances se retrouvent) a montré son irritation à ce propos, imitée en cela par l’Association des Départements de France et l’Association des Régions de France.

Les élections municipales auraient dû être l’occasion d’un vrai débat sur la déconcentration des services de l’État et sur la décentralisation, mais, au nom de l’exigence électoraliste de proximité, chacun préfère faire sa cour aux citoyens en donnant la priorité au quotidien, au terre à terre, en un mot à la satisfaction des besoins des individus. C’est important, certes, mais une ville, c’est aussi une communauté de destin et il y a lieu de réfléchir sur l’avenir d’une cité, en tenant compte de son passé, de sa vocation immémoriale et du contexte dans lequel elle se développe.

Quelqu’un, un jour, a déploré que chacun veuille cuire sa petite soupe dans son petit pot… Sans doute n’est-ce pas suffisamment payant au plan électoral de prétendre élever le niveau du débat.

 

Le 5 mars 2020

C.N.O.

(Cercles de Rouen, Mont-Saint-Aignan Duclair)

 

Avertissement : Dérogeant à notre pratique habituelle, cette livraison de Répliques Normandes ne tient pas en une page : le sujet était trop vaste et plusieurs cercles du C.N.O. se sont sentis concernés.

 


La Rédaction